N’y voyez pas une attirance ou une obsession morbide
pour le thème de la violence. Il faut malheureusement que j’y travaille encore
et encore. On n’y échappe difficilement, même en vivant dans notre société
laïque et démocratique. Tôt ou tard, il arrive qu’on y soit confronté, malgré tout
un arsenal éducatif, préventif, sécuritaire, répressif et législatif sensé nous en préserver.
Cette semaine, le lycée catholique de mon fils a été
le théâtre d’une explosion de violence incompréhensible, gratuite et
intolérable bien trop fréquente de nos jours. Pendant le cours de sport, un
lycéen a frappé spontanément sans motifs une lycéenne qui ne s’est même pas
défendue. Il a fallu que cinq autres lycéens maitrisent l’agresseur pour stopper
le massacre qui continuait sur la victime sans défense, tombée à terre.
J’ai déjà consacré un article
sur le mal. Je reviens sur le thème de la violence parce que j’ai éprouvé la
nécessité de relire pour au moins la quatrième fois le livre de Maurice Bellet,
« Je
ne suis pas venu apporter la paix, essai sur la violence absolue » (la
meilleure analyse sur la nature de la violence contemporaine dans nos
démocraties blasées).
Certes nous connaissons bien la violence pure, celle
des totalitarismes (cf Hannah Arendt), qui déverse du haut vers le bas, à tous
les échelons sociaux, la haine et la barbarie avec la volonté féroce de
détruire les victimes et leur dignité humaine.
Je ne vous cache pas que bien souvent je me suis
demandée ce que j’aurais fait pendant la seconde guerre mondiale ? Je ne
pense pas que je serais devenue spontanément une collaboratrice. Mais
qu’aurais-je fait si des enfants juifs m’avaient demandé de les cacher ?
Je ne m’imagine pas une seconde que je les aurais dénoncés. Mais aurais-je
accepté de prendre des risques pour moi, et surtout pour ma famille ?
Je pense que la réponse à cette question dépend du degré de maturité de
conscience morale et spirituelle. Aujourd’hui, connaissant ma foi chrétienne, je
pense que j’aurais accepté de prendre des risques en les cachant. Mais avant
d’éprouver la foi, je ne sais pas si ma conscience morale aurait pu résister à
la peur.
Revenons à notre société contemporaine qui n’a pas
connu de guerre en métropole depuis presque depuis bientôt 70 ans. Est-ce pour
autant la paix civile ?
Faisons le constat avec Maurice Bellet que la violence
pure s’est transmutée comme un virus en une violence diffuse invisible mais prégnante
dans toutes les relations humaines. Cette forme de violence cachée, il l'appelle la violence absolue. Elle est invisible car nous n’en voyons pas
la source, contrairement au cas du totalitarisme où la source est évidente.
Nous nous sommes habitués aux rapports de force dans les milieux du travail,
dans les associations, à l’école jusque dans les familles. N’est-ce pas notre
économie financiarisée devenue folle de puissances et de conquêtes, qui exige
la libération compulsive de toutes les envies et désirs exacerbés. Et les
fonctionnements et procédures issues du système sont figées en de nouvelles
idoles intouchables plus sacrées que l’être humain et la vie.
Et comment se garder soi-même de communier inconsciemment
individuellement et collectivement et à cette violence diffuse et invisible. Comment
sauver son humanité et son âme en refusant de se laisser détruire par soi même.
Comment se dépêtrer de ce piège sournois de la violence absolue généralisée invisible
?
Il faut en sortir de cette désespérance dépressive.
Mais comment ? La solution est dans le livre. Je ne vous cache pas qu’elle
a un rapport avec la figure du Christ qui illumine la vie. Bien sûr un autre système est possible que celui qu'on nous propose. Il s'appelle le royaume de Dieu. J’y reviendrai
prochainement.
Emylia
