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samedi 24 mai 2014

Violence absolue

N’y voyez pas une attirance ou une obsession morbide pour le thème de la violence. Il faut malheureusement que j’y travaille encore et encore. On n’y échappe difficilement, même en vivant dans notre société laïque et démocratique. Tôt ou tard, il arrive qu’on y soit confronté, malgré tout un arsenal éducatif, préventif, sécuritaire, répressif et législatif sensé  nous en préserver.
Cette semaine, le lycée catholique de mon fils a été le théâtre d’une explosion de violence incompréhensible, gratuite et intolérable bien trop fréquente de nos jours. Pendant le cours de sport, un lycéen a frappé spontanément sans motifs une lycéenne qui ne s’est même pas défendue. Il a fallu que cinq autres lycéens maitrisent l’agresseur pour stopper le massacre qui continuait sur la victime sans défense, tombée à terre.
J’ai déjà consacré un article sur le mal. Je reviens sur le thème de la violence parce que j’ai éprouvé la nécessité de relire pour au moins la quatrième fois le livre de Maurice Bellet, « Je ne suis pas venu apporter la paix, essai sur la violence absolue » (la meilleure analyse sur la nature de la violence contemporaine dans nos démocraties blasées).
Certes nous connaissons bien la violence pure, celle des totalitarismes (cf Hannah Arendt), qui déverse du haut vers le bas, à tous les échelons sociaux, la haine et la barbarie avec la volonté féroce de détruire les victimes et leur dignité humaine.
Je ne vous cache pas que bien souvent je me suis demandée ce que j’aurais fait pendant la seconde guerre mondiale ? Je ne pense pas que je serais devenue spontanément une collaboratrice. Mais qu’aurais-je fait si des enfants juifs m’avaient demandé de les cacher ? Je ne m’imagine pas une seconde que je les aurais dénoncés. Mais aurais-je accepté de prendre des risques pour moi, et surtout pour ma famille ? Je pense que la réponse à cette question dépend du degré de maturité de conscience morale et spirituelle. Aujourd’hui, connaissant ma foi chrétienne, je pense que j’aurais accepté de prendre des risques en les cachant. Mais avant d’éprouver la foi, je ne sais pas si ma conscience morale aurait pu résister à la peur.
Revenons à notre société contemporaine qui n’a pas connu de guerre en métropole depuis presque depuis bientôt 70 ans. Est-ce pour autant la paix civile ?
Faisons le constat avec Maurice Bellet que la violence pure s’est transmutée comme un virus en une violence diffuse invisible mais prégnante dans toutes les relations humaines. Cette forme de violence cachée, il l'appelle la violence absolue. Elle est invisible car nous n’en voyons pas la source, contrairement au cas du totalitarisme où la source est évidente. Nous nous sommes habitués aux rapports de force dans les milieux du travail, dans les associations, à l’école jusque dans les familles. N’est-ce pas notre économie financiarisée devenue folle de puissances et de conquêtes, qui exige la libération compulsive de toutes les envies et désirs exacerbés. Et les fonctionnements et procédures issues du système sont figées en de nouvelles idoles intouchables plus sacrées que l’être humain et la vie.
Et comment se garder soi-même de communier inconsciemment individuellement et collectivement et à cette violence diffuse et invisible. Comment sauver son humanité et son âme en refusant de se laisser détruire par soi même. Comment se dépêtrer de ce piège sournois de la violence absolue généralisée invisible ?

Il faut en sortir de cette désespérance dépressive. Mais comment ? La solution est dans le livre. Je ne vous cache pas qu’elle a un rapport avec la figure du Christ qui illumine la vie. Bien sûr un autre système est possible que celui qu'on nous propose. Il s'appelle le royaume de Dieu. J’y reviendrai prochainement.

Emylia

dimanche 16 février 2014

Les semailles et les moissons

J'avais préparé le texte suivant pour ce week-end, quand j'ai reçu la prière de Saint François d'Assise de la part de Thérèse. Cette prière faisait étonnamment écho au texte ci-dessous que j'avais déjà rédigé.
Pour que vous puissiez vous imprégner de la beauté de la prière du matin "Dans le silence de ce jour naissant...", j'ai décalé légèrement la publication de cet article.

Nous croyons en Jésus Christ, nous appartenons donc à son Église. Dans cette Église romaine, beaucoup d’entre nous ont rencontré au moins une fois un prêtre formidable (je cite quelques noms apparus sur ce blog : le père Georges Vandenbeusch, le père Michel Kobik, le père Michel-Marie Zanotti-Sorkine, ainsi que beaucoup d’autres) qui incarne véritablement l’idée que l’on se fait du Christ d’après les Évangiles. Mais un certain nombre d’entre nous ont aussi vécu des expériences malheureuses, au contact de certains membres indélicats de cette Église. Quelle déception alors, tout le monde n’a pas la même lecture des Évangiles, et on peut aboutir à une interprétation contradictoire qui jette un trouble sur le caractère universel de l’Église. Le concept de bien ou d’amour serait-il relatif aux personnes et non pas en rapport avec l’absolu de Dieu ? C’est plutôt affligeant. Que faire ?
Option 1) Claquer la porte ? S’isoler en ermite ? Aller voir ailleurs et entrer en dissidence ? C’est éventuellement prendre un risque inconsidéré d’agnosticisme ou d’athéisme.
Option 2) Rester quand même, résister et y travailler de l’intérieur pour que ça change, pour miner peu à peu les pouvoirs pernicieux et triomphants qui s’y sont établis librement sans rencontrer d’opposition ?
Agir de l’intérieur (en rejoignant une autre structure humaine vraiment fraternelle), c’est encore agir pour le Christ, pour ne pas laisser le champ libre pour que certains pervertissent en toute impunité le message évangélique. Rester aussi, pour soutenir ceux qui consacrent encore toute leur vie à Dieu, avec abnégation et par amour pour Dieu et de son prochain. Rester aussi pour que ceux qui cherchent le Christ et qui frappent à la porte puissent trouver l’accueil dont ils ont besoin.
Mais alors si on s’y engage, au service de qui est-t’on vraiment dans cette Église ? Si la réponse vous est évidente, alors n’hésitez pas, obéissez avec le zèle de votre foi. Si par contre vous suspectez servir quelques intérêts intermédiaires entre vous et Dieu, alors prudence ! Essayez de discerner, patientez et de contournez les obstacles, les ravins ou autres abymes de déperdition. Vous avez le droit de prier plus et d’agir moins. Marie a pris une meilleure part que Marthe.

De toute façon vous savez bien qu’il n’est pas possible de séparer le bon grain de l’ivraie avant la récolte. Chacun croît et s’épanouit dans la terre où il a été planté, dans le champ de l’Église et/ou du Monde. Il faut éviter de se laisser contaminer ou de s’infecter par le tétanos ou la gangrène. Et surtout pour se prémunir des morsures et piqures des reptiles et serpents venimeux, il faut se munir de son stock d’antidotes. Nous ne sommes pas les moissonneurs de la récolte finale.


Emylia

samedi 28 décembre 2013

Résistances

Cathédrale Saint-Gatien
de Tours
Il est curieux que ce titre "Résistance" me vienne à l'esprit en pleines festivités de fin d'année. Peut être est-ce par ce que en cette fin d’année, le prêtre de notre paroisse nous exhorte de sourire et d’éprouver la joie et du bonheur. Et pourtant nous voilà plongés depuis des années dans une interminable crise économique qui nous atteint parfois nous-même, nos proches en tout cas très certainement nos prochains, en les menaçant de précarité. De plus, nous sommes peut-être confrontés à de rudes épreuves telles que la maladie grave ou la mort. Sans oublier cette omniprésence insupportable du cynisme généralisé qui plombe le moral (et la morale).
Alors pourquoi rester optimiste envers et contre tous, décréter l’espérance en dépit de la réalité vécue par une majorité de personnes ?
Et bien parce que nous ne sommes plus véritablement en temps de paix mais en temps confrontations. Si il y a une guerre, elle ne se produit pas entre deux armées fortement aguerries, bien identifiables et opposables. Mais il s’agit plutôt d’une guerre diffuse et sournoise, d’exclusion contre les pauvres, contre les gens simples, humbles ou différents, contre les personnes refusant les consignes d’une mondialisation uniformatrice forcenée, contre tous ceux qui ne veulent ni ne peuvent s’adapter à l’air du temps.
Comme l’acceptation de l’injustice ne saurait être ni tolérable ni négociable, que la liberté du choix du mode de vie de chacun doit être respecté, alors il faut rentrer en résistance.
Je repense à Jésus qui ne supportait pas la marchandisation de la religion par les Saducéens, l’hypocrisie des Pharisiens qui entendaient dicter à tous, le comportement extérieur artificiel qu’ils jugeaient convenable. Jésus enseignait avec insistance que la seule attitude religieuse valable reposait avant tout sur une disposition essentiellement intérieure d’amour et de bienveillance pour son prochain. Cette attitude devait être complétée par des actes en cohérence avec la disposition intérieure. On sait ce que l’intransigeance de Jésus sur ces questions face aux puissances de son époque lui a couté.
De nos jours, le pape François ne mâche pas ses mots en signifiant haut et fort au Monde ses graves dysfonctionnements. N’ayons plus peur ! Arrêtons nous de nous taire et aidons le pape à accomplir sa mission de restaurer l’espérance pour tous les exclus de ce Monde.
Nos seules armes sont la Parole, la Joie, l’Espérance et l’Amour combinées à la patience indéfectible. À nous de jouer pour devenir des Chrétiens véritablement engagés. Nous montrerons aux puissants que nous sommes nombreux à revendiquer l’Esprit des Évangiles contre les tendances mortifères à l’égoïsme et l’individualisme. Les murailles de Jéricho peuvent finir par s’effondrer. Nous ne sommes pas seuls à l’œuvre. Il suffit d’y croire et d’avoir la Foi.
Je vous souhaite une excellente année 2014 de résistance positive, d’espérance et d’amour bienveillant.
Pour nous y aider, je poste sur ce blog l'un des chants de musique sacré que j'ai découvert qui m'a enthousiasmé cette année passée (voir la page sur les morceaux choisis).