Après une semaine pesante avec les témoignages émouvants d’Etty
Hillesum et de Magda Hollander-Lafon, n’ayant reçu aucune nouvelle proposition
d’article de la part d’un membre du blog, j’ai décidé de soumettre la question
du pardon dans la continuité logique du sujet. Ce thème a été brièvement évoqué
la semaine dernière. Je souhaite y revenir.
Théoriquement, on sait qu’il faut
pardonner. Tout le monde commet des erreurs. Il peut arriver à chacun
d’offenser son prochain, plus ou moins volontairement. Des fois, ça fait même
du bien, même si l’on n’aurait pas dû… Que voulez vous, nous ne sommes que
faiblesse imparfaite. Que Dieu nous pardonne !
Et si chacun se mettait à tenir
son livre de compte des affronts personnels subis et non réparés, alors nos
relations humaines deviendraient rapidement impossibles, sans l’élaboration
d’une chambre complexe de compensation. Et d’ailleurs comment évaluer la valeur
d’un préjudice ?
Écoutons ce qu’a dit Jésus avant
d’expirer : « Pardonnes leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ! »,
comme nous le rappelle Doris.
Dans le cas de la crucifixion, il
s’agit d’un meurtre odieux et lâche d’une victime innocente érigée en bouc
émissaire, dans un cadre de manipulation perverse des témoins. De plus les
instigateurs de ce meurtre sont arrogants et ne reconnaissent pas leur crime.
Pourquoi accorderais-je mon
pardon si les bourreaux ne le demandent même pas, et même demeurent dans le
déni, la provocation et l’insulte à la mémoire des victimes ? déclare
Magda.
Revenons d’abord à l’Évangile. Si vous voulez suivre Jésus,
alors écoutez les propos du Christ :
1) « Pardonnes
leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ! » (Même pour le crime
ultime).
2) « Pardonnes
nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé ! »
Nous non plus,
nous ne sommes pas aussi innocent que le Christ. Nous avons nos dettes à
l’égard de Dieu et de notre prochain, dettes que nous avons même pu oublier.
Alors pour être pardonné de toutes nos fautes, il nous est demandé d'abord de pardonner à notre offenseur, quoi qu’il nous en coûte, même pour une offense incomparable. Nous
devons limiter notre pardon au seul mal que nous avons véritablement subi, et non
pas accorder notre pardon pour les maux endurés par les autres victimes.
Ce pardon est la
clé de notre libération spirituelle de ce mal qui nous a atteint contre notre
gré. Cependant, il ne nous est pas demandé d’oublier, nous sommes seulement déchargé de
tout devoir de plaidoirie plaignante.
Nous sommes
définitivement sauvés par le sacrifice du Christ, comme l’est le bon larron. C’est
l’enseignement essentiel de la crucifixion.
3) Que
les agresseurs campent avec insolence sur leur position, cela ne nous concerne
plus. C’est maintenant une affaire entre Dieu et eux seulement. Ce n’est plus à
nous de juger. Seul Dieu a le droit de juger. (Il se peut aussi que la justice
humaine demande légitimement des comptes).
Qui sait si un
jour, le criminel le plus sanguinaire ne se repentira pas sincèrement pour tous
les péchés mortels commis ?
Henri
Pranzini, un aventurier commit un triple meurtre crapuleux en 1887, pour lequel
il fut condamné à la guillotine. En apprenant cela, avant de rentrer au Carmel,
Thérèse de Lisieux se mit à prier pour le rachat de son âme.
« Pranzini
ne s'était pas confessé, il était monté sur l'échafaud et s'apprêtait à passer
sa tête dans le lugubre trou, quand tout à coup, saisi d'une inspiration
subite, il se retourne, saisit un Crucifix que lui présentait le prêtre et
baise par trois fois ses plaies sacrées !…Puis son âme alla recevoir la
sentence miséricordieuse de Celui qui déclare qu'au Ciel il y aura plus de joie
pour un seul pécheur qui fait pénitence que pour 99 justes qui n'ont pas besoin
de pénitence !… »
Emylia
Emylia