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samedi 8 février 2014

Pardon


Après une semaine pesante avec les témoignages émouvants d’Etty Hillesum et de Magda Hollander-Lafon, n’ayant reçu aucune nouvelle proposition d’article de la part d’un membre du blog, j’ai décidé de soumettre la question du pardon dans la continuité logique du sujet. Ce thème a été brièvement évoqué la semaine dernière. Je souhaite y revenir.

Théoriquement, on sait qu’il faut pardonner. Tout le monde commet des erreurs. Il peut arriver à chacun d’offenser son prochain, plus ou moins volontairement. Des fois, ça fait même du bien, même si l’on n’aurait pas dû… Que voulez vous, nous ne sommes que faiblesse imparfaite. Que Dieu nous pardonne !

Et si chacun se mettait à tenir son livre de compte des affronts personnels subis et non réparés, alors nos relations humaines deviendraient rapidement impossibles, sans l’élaboration d’une chambre complexe de compensation. Et d’ailleurs comment évaluer la valeur d’un préjudice ?

Écoutons ce qu’a dit Jésus avant d’expirer : « Pardonnes leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ! », comme nous le rappelle Doris.
Dans le cas de la crucifixion, il s’agit d’un meurtre odieux et lâche d’une victime innocente érigée en bouc émissaire, dans un cadre de manipulation perverse des témoins. De plus les instigateurs de ce meurtre sont arrogants et ne reconnaissent pas leur crime.
Pourquoi accorderais-je mon pardon si les bourreaux ne le demandent même pas, et même demeurent dans le déni, la provocation et l’insulte à la mémoire des victimes ? déclare Magda.

Revenons d’abord à l’Évangile. Si vous voulez suivre Jésus, alors écoutez les propos du Christ :


1)   « Pardonnes leur car ils ne savent pas ce qu’ils font ! » (Même pour le crime ultime).

2)   « Pardonnes nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensé ! »

Nous non plus, nous ne sommes pas aussi innocent que le Christ. Nous avons nos dettes à l’égard de Dieu et de notre prochain, dettes que nous avons même pu oublier. Alors pour être pardonné de toutes nos fautes, il nous est demandé d'abord de pardonner à notre offenseur, quoi qu’il nous en coûte, même pour une offense incomparable. Nous devons limiter notre pardon au seul mal que nous avons véritablement subi, et non pas accorder notre pardon pour les maux endurés par les autres victimes.
Ce pardon est la clé de notre libération spirituelle de ce mal qui nous a atteint contre notre gré. Cependant, il ne nous est pas demandé d’oublier, nous sommes seulement déchargé de tout devoir de plaidoirie plaignante.
Nous sommes définitivement sauvés par le sacrifice du Christ, comme l’est le bon larron. C’est l’enseignement essentiel de la crucifixion.

3) Que les agresseurs campent avec insolence sur leur position, cela ne nous concerne plus. C’est maintenant une affaire entre Dieu et eux seulement. Ce n’est plus à nous de juger. Seul Dieu a le droit de juger. (Il se peut aussi que la justice humaine demande légitimement des comptes).
Qui sait si un jour, le criminel le plus sanguinaire ne se repentira pas sincèrement pour tous les péchés mortels commis ?             

Henri Pranzini, un aventurier commit un triple meurtre crapuleux en 1887, pour lequel il fut condamné à la guillotine. En apprenant cela, avant de rentrer au Carmel, Thérèse de Lisieux se mit à prier pour le rachat de son âme.

« Pranzini ne s'était pas confessé, il était monté sur l'échafaud et s'apprêtait à passer sa tête dans le lugubre trou, quand tout à coup, saisi d'une inspiration subite, il se retourne, saisit un Crucifix que lui présentait le prêtre et baise par trois fois ses plaies sacrées !…Puis son âme alla recevoir la sentence miséricordieuse de Celui qui déclare qu'au Ciel il y aura plus de joie pour un seul pécheur qui fait pénitence que pour 99 justes qui n'ont pas besoin de pénitence !… »

Emylia