À l’école, au cours des études,
on nous a appris à avoir confiance en soi, à oser se mettre en valeur. Pour
trouver un travail, pour évoluer dans sa carrière professionnelle, nous avons
du nous vendre, exposer nos compétences, parfois avec exagération. La publicité
ne cesse de nous rabâcher que tout nous est dû « puisque nous le valons
bien », sans avoir à faire d’effort.
Où peut donc se réfugier notre
pauvre et malheureuse humilité que recherchait tant Thierry ?
En relisant les épitres de
Saint-Paul, je suis frappée par l’utilisation du pronom personnel
« nous ». Je me demande si ce n’est pas la première fois dans
l’histoire de l’humanité qu’un auteur utilise aussi souvent et avec insistance,
un pronom aussi impersonnel. En effet, dire « nous » ou
« on » plutôt que « je » ou « moi », c’est
renoncer à se mettre en avant. C’est aussi se penser comme le membre d’une
communauté sans chercher à s’en distinguer par ses vertus et qualités
personnelles.
Encore que, pour l’humilité avec
Saint-Paul, il y a matière à discuter selon Maurice Zundel (Évangile
intérieur »). On pourrait se demander ce qu’il veut dire en mettant son
orgueil en le Christ, en Dieu, ou dans ses faiblesses. L’affirmation
tonitruante de son appartenance au christ peut déclencher une certaine gêne.
Je ne suis pas loin de penser que
la vraie humilité se réfugie dans le silence. Or, pour que ce silence ne soit
pas pure passivité ou sommeil, il ne peut être que la prière.