samedi 2 mai 2015

La femme de Job

Avec les quelques échanges que nous avons eu la semaine dernière et ce que je vis en ce moment, j’ai eu besoin de me replonger dans l’histoire de Job. Je n’ai pas eu ni le temps ni le courage de me replonger dans le livre de la bible, long de 42 chapitres. Alors j’ai lu sa synthèse et son commentaire dans la « Bible de Lucile » de Pierre Marie Beaude. Ce livre de Job tout comme celui de « l’Ecclésiaste » son classés parmi les  écrits de sagesse de la Bible. Il n’en demeure pas moins que leur interprétation et la conclusion que l’on pourrait en tirer est loin d’être évidente ou parfois confuse.
Le récit du « Livre de Job » est celle d’un riche juste, droit, très pieux et « craignant Dieu » qui a été largement comblé de dons par Dieu, qui un jour, sans raison compréhensible se retrouve privé de tous ses biens dans une succession d‘événements traumatisants. Dans les biens, on considère le bétail, les serviteurs, les enfants et aussi la santé. Ce sont les signes extérieurs apparents de réussite sociale de l’époque patriarcale. Étonnamment, la femme de Job ne semble pas être incluse dans la liste des biens. Elle n’a pas de nom contrairement à l’ensemble des protagonistes de l’histoire. Elle n’est donc pas une personne. Elle est en « off » ou en filigrane. Comme si elle n’existait pas, comme si l’histoire de son époux n’était pas aussi son histoire. Comme si elle n’était pas concernée par la perte de ses enfants.
Elle est pourtant dans l’histoire pour suggérer à Job de maudire Dieu, puis de mourir et c’est tout. Il n’est pas sûr qu’elle représente Satan qui incite Job à pécher. Peut être que personnage presque désincarné permet à Job d’affirmer qu’il accepte stoïquement la déchéance. S’il se refuse à blasphémer, il ne manque pas de maudire le jour de sa naissance et souhaite la mort. C’est étrange, mais chrétiennement parlant, il me semble que maudire sa naissance revient à blasphémer l’œuvre de Dieu.
Quand ses soi-disant amis viennent le voir pour partager sa peine, ces derniers essayent d’insinuer que pour subir un tel châtiment, Job a dû commettre quelques péchés. N’est-il pas de notoriété publique que Dieu punit les méchants et non les justes ?
Alors Job explose ! Non il n’a jamais offensé Dieu et il ne comprend pas cette avalanche de malheurs qui s’abattent sur lui. Il crie sa protestation ouvertement.
Ensuite, un petit jeune « arrogant », bien instruit en matière de religion, qui croit en savoir plus que tous les autres plus âgés que lui (donc pourtant forts d’une certaine expérience de la vie), se permet d’administrer à Job une leçon magistrale de morale affirmant que Dieu ne se trompe jamais et que par conséquent Job est bien prétentieux et qu’il ne peut que mériter son châtiment.
De nouveau, Job refuse d’endosser la moindre culpabilité et il s’accorde le droit d’affirmer son indignation, et son incompréhension quant aux causes premières de sa souffrance.
Dieu prend finalement la parole, non pas pour justifier la souffrance de Job, mais pour rappeler sa toute puissance, son rôle éminent dans la création et le fonctionnement du monde et de l’insignifiance de Job en comparaison de l’immensité et de l’importance du monde.
N’en déplaise aux doloristes, Dieu ne légitime pas la souffrance dans l’histoire de Job. Elle est tout simplement injustifiable. Dieu ne répond pas directement aux récriminations de Job. Il répond par un geste symbolique et énigmatique, en rétablissant sa santé et ses biens, lui donnant à nouveaux dix enfants, avec 140 années de vie en prime.
Donc la souffrance ne sert à rien. On peut retenir que les amis de Job et le jeune arrogant ont tort de soutenir que la culpabilité humaine viendrait expliquer à la raison humaine l’injustifiable. Cela met aussi du plomb dans l’aile du péché originel qui était bien pratique pour l’Église pour légitimer le malheur terrestre des hommes.
Il faudrait aussi retenir une phrase importante du jeune arrogant qui n’est en aucun cas une justification de la souffrance : « Dieu sauve le malheureux par son malheur, par sa détresse, il lui ouvre l’oreille ».
Donc il n’y a rien de bon à tirer de la souffrance, si ce n’est qu’une plus grande sensibilité et une ouverture du cœur vers autrui. Mais cette ouverture du cœur n’est pas toujours la conséquence du malheur. Ce dernier conduit très souvent au renfermement sur soi-même et la fermeture et l’endurcissement du cœur.
En tout cas, il est bien difficile de partager la souffrance de ses amis, a fortiori quand on n’a pas vécu une souffrance similaire. Les mots comme les théories théologiques ou autres discours convenus de circonstance sont impuissants à combler la détresse engendrée par le malheur. Probablement le silence et la présence sont la seule façon appropriée de respecter les personnes en peine.
On reste sur sa faim avec cette histoire de Job de la bible. On ne sait pas trop quoi en tirer. Alors Pierre-Marie Beaude dans le personnage de Lucile raconte une extension de ce récit d'après le livre de « la femme de Job » d’Andrée Chedid que je trouve particulièrement chrétienne.
Dans les histoires bibliques, les femmes sont souvent des personnages insignifiants qui font partie du décor. Elles ont rarement un rôle de premier plan comme dans toute société patriarcale. On ne s’intéresse  rarement à ce qu’elles disent ou ce qu’elles pensent, encore moins à leurs souffrances. On note pourtant leur présence à leur départ de la scène. La femme de Job a veillé en silence sur son époux bien aimé, tout au long de sa vie, en toute humilité, comme une servante. Un jour arrive au soir de sa vie, où c’est elle qui tombe gravement malade, d’une forte douleur dans la poitrine. Job se porte à son secours. Il lui déclare «  il n’y a pas d’explication ! toi, que mon cœur aime. Il n’y a pas de clé dans la souffrance !».
Mais si ! la clé était là : c’était l’amour que l’on découvre quand il s’en va ! Job se décentre enfin de lui-même et de ses malheurs pour découvrir enfin que l’amour était la clé des histoires de souffrance (je n’ai pas dis la solution). Il n’a plus le temps de creuser la question. Il est trop tard.

Emylia


Je n’ai pas encore lu le livre d’André Chedid, mais à la lecture des quelques extraits sur le web, je me suis empressée d’acheter une version d’occasion.

1 commentaire:

  1. Bonjour,

    Le livre de Job m'a redonné l'espoir un jour où je le perdais. Je raconterai peut-être comment cela s'est passé. Depuis, j'ai une tendresse toute spéciale pour ce texte.

    De toute façon, c'est un texte magnifique qu'il serait dommage de ne pas lire intégralement, dans sa version originale, dans la Bible elle-même.
    Merci Emylia de nous avoir rappelé son existence.
    Bonne journée.

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