« Sans verbe, la phrase n’a
pas de sens ; sans Le Verbe, ma vie n’a pas de sens. »
En association au texte de Etty
Hillesum proposé par Florence, je ne peux me retenir de parler du livre qui fut
une révélation pour moi cette semaine. Ce livre qui s’intitule « Quatre
petits bouts de pains » a été écrit par une ancienne déportée juive
d’origine hongroise Magda Hollander-Lafon. Je ressens dans ces deux femmes
exceptionnelles un immense désir de vivre et une joie profonde impulsée par
leur foi inébranlable en Dieu.
L’auteure nous offre l’œuvre unique et exceptionnelle de sa vie. Ce
livre ne porte pas tant sur l’horreur des camps de concentration que sur le
long chemin qui a duré soixante ans pour surmonter les ténèbres, renaitre peu à
peu dans un élan de vie et d’amour, et après un long travail
spirituel, pouvoir replonger dans son passé terrifiant pour y retrouver comme dans une
anamnèse, les petits faits anodins successifs qui l’ont arrachée au désespoir et
à la pulsion de mort.
Dans un enfer totalement inhumain et meurtrier, il existe parfois des
gestes inimaginables de don de soi pour sauver autrui. Magda a accepté
instinctivement ces dons sans percevoir sur le moment leur portée ultérieure, dans sa puissante détermination à survivre, puis à vivre pleinement.
Lorsqu’elle est revenue des camps, elle est dans l’incapacité de
parler et d’ailleurs personne n’est en mesure d’écouter l’horreur. Elle va se
reconstruire peu à peu, suivant son intuition, avec le Christ et les Évangiles,
mais toujours dans l’oubli du passé douloureux. Puis un jour, 30 ans plus tard, elle ne supporte plus le déni scandaleux de la shoah par des révisionnistes. Alors,
elle sort de son mutisme, car elle ne veut pas laisser les nazis imposer leur tyrannie au delà du temps. Elle va à la rencontre des jeunes et témoigne sans
relâche dans les collèges et les lycées. En faisant le don de son témoignage de
vie, elle poursuit sa propre reconstruction intérieure. Ce n’est qu’au terme de
60 ans qu’elle parvient enfin à écrire les mots pour nous communiquer un
message d’espérance sur la force de vie qui réside en chacun de nous.
Cette œuvre est sublime de
sobriété et de beauté poétique. Elle a d’ailleurs a reçu deux prix (en 2012, le Prix du Livre de Spiritualité Panorama-La Procure, en 2013, le Prix de
littérature religieuse). Je vous propose une vidéo sur son témoignage vivifiant
à La Procure.
Emylia
Emylia
Magda Hollander-Lafon [Jeudi La Procure 31/05/12] par Librairie-La-Procure