Je ne sais pas pourquoi, mais il
y a longtemps que je m’intéresse à l’empathie et à la bienveillance. Elle s’est
révélée à moi mystérieusement lorsque je me suis retrouvée à l’hôpital alors
que je ne m’étais jamais interrogée antérieurement sur son existence. Dans ma
situation critique, j’éprouvais des sentiments ambivalents. D’une part, le me
sentais exclue de facto du monde des bien-portants, reléguée dans la sous-caste
des malades cantonnés à leur destin de misère. D’autre part, je sentais bien
qu’il était vital de me raccrocher à l’attention, l’amitié, la tendresse et
l’amour de ses proches et prochains pour éprouver le désir inébranlable de
rester en vie. Peu à peu, j’ai été amenée à découvrir que derrière cette
empathie bienveillante, il y avait l’amour gratuit et inconditionnel du
prochain, et que cette attitude énigmatique me conduisait inexorablement à
l’amour de Dieu en mon prochain.
Et parce que depuis ce temps je
m’obstine à vouloir découvrir toutes les traces de bonté qui existent en mon
prochain, comme le signe de l’existence de Dieu, je n’ai pas pu me retenir
d’aller à la conférence de Lytta Basset sur son dernier livre « Oser la
bienveillance » (à la Procure). Lytta Basset a eu de dures épreuves à traverser.
Dans son dernier livre, on apprend qu’elle a dû surmonter la maltraitance de sa
jeunesse. On sait que dans un autre livre (« Ce lien qui ne meurt
jamais »), elle a aussi connu une terrible épreuve du deuil de son fils.
Nous partageons cet attrait
irrésistible à vouloir reconnaître tout ce qu’il y a de meilleur en l’humain.
Nous ne pouvons plus supporter ce soi-disant péché originel aussi mensonger que
pervers, érigé triomphalement comme une vérité dogmatique immuable, en
contradiction évidente avec les Évangiles. Ce péché originel accable les
humains d’une culpabilité apriori déresponsabilisante, qui légitime et banalise
toute forme de violence physique comme morale.
C’est en choisissant de tourner
définitivement le dos à cette représentation pessimiste de l’être humain (et on
rejoint Jean-Claude Guillebaud sur ce chemin là), qu’on se libère soi-même de
ses préjugés, de ses peurs et de ses propres enfermements, que l’on se sauve du
vrai péché qui est le refus de la relation humaine sous des prétextes fallacieux
de méfiance et de peur, et aussi à la prétention de détenir un savoir sur
l’autrui alors qu’on est dans l’erreur et l’ignorance (ne pas juger).
Lytta B a cherché pendant
longtemps des personnes bienveillantes qui l’ont écoutée puis aidée à surmonter ses
traumatismes. Elle a trouvé sur son chemin quelques personnes qui ont été
déterminantes dans sa résilience. Moi aussi, j’ai pu rencontrer quelques
personnes essentielles qui m’ont aidée à traverser mes propres difficultés. Il
suffit d’un seul contre-exemple de bienveillance pour contredire le dogme du
péché originel (Qui sauve un homme, sauve l’humanité).
Ni Lytta B, ni moi-même ne sommes
naïves et ignorons la réalité
quotidienne de l’existence du mal, de la méchanceté en l’être humain. Mais nous
refusons de considérer la méchanceté comme « une nature première », qui
condamne éternellement l’être humain à une posture de bouc-émissaire, parce que
l’on n’arrive pas à expliquer intellectuellement l’origine du mal. Le pire est la volonté de falsifier la réalité pour se justifier dans l’accusation des plus vulnérables.
Peut-être faut-il avoir été mère d’un jeune enfant et tenu un ange dans ses
bras pour connaître cette vérité de l’amour premier innocent.
Et avec tout ce travail personnel en profondeur qui a été indispensable pour retrouver le gout de vivre, Lytta B est parvenue à la disposition intérieure lui permettant de soulager les blessures de son prochain dans un accompagnement spirituel personnalisé. Oser la bienveillance, c'est non seulement être capable de découvrir cette disposition de notre prochain à notre égard, mais aussi d'adopter soi-même cette disposition à l'égard de prochains inconnus.
Emylia
La conférence de Lytta Basset à la Procure le 2 avril 2014
Lytta Basset, Oser la bienveillance par Librairie-La-Procure
Mathieu 18
Extrait de La guérison intérieure, Lytta Basset par netforgod