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samedi 19 avril 2014

Explosion de vie


Dans quelques heures, ça va être la résurrection. La vérité de la victoire de l’amour sur les ténèbres va être établie. Moi aussi, cela fait longtemps que je suis partie sur ce chemin d'Emmaüs. Je me suis faite abordée par un inconnu. Je n’ai même pas levé les yeux. Je n’ai pas osé le dévisager. J’étais trop perdue dans mes pensées et enfoncée au cœur de mes problèmes. J’ai seulement écouté sa voix. Par la mémoire, j’ai parcouru le chemin de mon histoire à l’envers pour en rechercher la vérité. J’ai repassé en souvenir une à une toutes les épreuves et les joies de ma vie sans m’y arrêter. Il y a un grand attracteur étrange qui m’a mené au point d’orgue de toute mon histoire. J’ai toujours su qu’il y avait quelque-chose au début de mon grand tohu-bohu, qui précède ma naissance. Lytta Basset m’a aidée à l’admettre grâce à son dernier livre. Je ne pourrai jamais le prouver et je ne peux que soupçonner sa réalité. Il y a forcément un secret de famille que j’ignore mais que je devine. Il y a un ou plusieurs enfants morts en bas âge, et un amour maternel terrorisé par une angoisse de mort qui se transmet de mère à enfant. Et cette angoisse de mort m’a terrorisée tyranniquement pendant plus de quatre décennies. Elle m’a paralysée et muselée. Pendant tout ce temps, je n’ai pas pu sortir de mon tohu-bohu. Je me suis murée pendant tout ce temps dans le silence, je n’ai pas osé vivre de peur d’éveiller l’attention de la mort. Je suis donc demeurée sans pouvoir le comprendre dans une extrême timidité, d’une timidité mortifère, dans l’incapacité de communiquer avec autrui par oral ou par écrit. Les relations humaines étaient gravement atteintes. Je ne sais même pas comment j’ai pu faire mes études, rencontrer mon époux, et fonder une famille. Ce que je sais, c’est que cette angoisse de mort, je l’ai transmise inconsciemment à l’un de mes enfants, alors que l’autre imperturbablement toujours gai, a refusé l’emprise de cette tyrannie de la peur de la mort. Ce que je sais, c’est que quand la grande faucheuse a voulu m’emporter, l’amour des miens m’a retenue de toutes ses forces à mon petit bout de terre. C’est seulement à ce moment là que j’ai commencé à enquêter sur toi, le porteur d’amour. Qui es tu ? D’où viens tu ? Quelle est ton histoire ? J’ai tout voulu savoir sur toi parce que j’avais l’intime conviction que ma vie était à ce prix, complètement liée à ta vérité. Tu m’as parlé au travers des livres. Tu m’a donné ta parole de vie qui a travaillé en profondeur ma glaise. En échange  de mon désir de vie, tu m’as accordé la foi. Tu m’as libérée de mon asservissement à la peur. Tu as retourné ma vie à l’envers pour m’en révéler le meilleur. Alors j’ai explosée de vie. J’ai retrouvé une parole que je n’avais jamais eue et je m’en suis servie. Je vais à ta recherche dans mon écriture puisque c’est comme cela que je t’entends. Aujourd’hui j’ai compris l’erreur de mon passé. Mon silence et ma discrétion n’avaient rien à voir avec l’humilité, mais avec la peur de la relation et la peur de vivre. Pour conjurer toutes les formes de tyrannies, je me suis plongée éperdument dans l’étude de ce qui donne la vie que certains prennent par erreur pour de l’érudition. Il s’agit en fait d’ouvrir grand ce chemin d’humanité qui me conduit à toi, le chemin de vérité et de vie. Et mon combat pour déjouer toutes ces forces mortifères qui m’entourent, je l’ai retrouvé avec fascination dans les témoignages de Guy Coq et de Lytta Basset ainsi que dans tous les livres de Maurice Bellet. Ce sont les mêmes histoires que je retrouve dans La Bible et les Évangiles avec un style un peu moins contemporain mais à peine différent. J’ai découvert que cette parole thérapeutique que tu m’accordes et que je reçois ne s’arrête pas à ma personne. Elle me traverse de part en part et répare des effets néfastes du malheur ailleurs. Mon fils lui aussi sort peu à peu de son mutisme et devient capable de relations humaines. La bonne nouvelle est que cette parole de vie est contagieuse. J’ai encore pris du temps pour naitre au monde, pas moins de six ans déjà après toutes ces décennies d’attente passive. Entre temps, la peur et l’angoisse de mort se sont dissipées comme par miracle. Vous me trouverez peut être parfois un peu trop impertinente devant le malin quand il fait un peu trop de comédie, toujours la même. Vous m’excuserez, mais je ne peux plus m’empêcher de parler maintenant, puisque parler et connaître, pour moi, c’est affirmer plus que jamais que je suis en vie. J’ai fini par mettre de l’ordre et du sens dans mon histoire chaotique. Je crois être sortie de mon tohu-bohu. Comme Job, j’ai lâché l’obstination à tout vouloir comprendre et expliquer, j’ai renoncé à l’arbre de la connaissance du bien et du mal, mais pas à l’arbre de la connaissance de la vie. Jamais je ne percerai le secret de mes origines, car seul compte le fait de s’en être sortie vivante. Sur ma route, j’ai fini par te reconnaître. C’est toi qui a fait tout cela. Jamais je ne m’en serais sortie toute seule. Alors comme beaucoup d’entre nous, je vais pouvoir témoigner à Pâques que je crois à ta résurrection puisque je t’ai déjà rencontrée sur ma route d'Emmaüs.

Emylia