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samedi 11 janvier 2014

Histoire du petit homme

"Les âges de la Vie",
Caspar David Friedrich, 1834
Le petit homme a traversé sa vie comme un étranger, sans jamais entrer en lui-même, sans jamais oser se poser des questions fondamentales. Il a plutôt eu de la chance dans sa vie, il a dû gouter au bonheur insouciant et a longtemps évité le malheur. Comment a-t’il fait ?
Il a plutôt hérité d’un bon caractère et de la gentillesse paternelle. Il a rarement pris des décisions personnelles et s’en est toujours remis aux femmes en la matière. Fils unique, il est passé d’une mère possessive à une femme de caractère, raisonnable et rationnelle. Ils ont fondé un foyer heureux et fidèle en amour, et ont eu trois filles. Sa femme, un peu réservée et prudente organisait la vie familiale à laquelle il adhérait complètement. Lui, sans méfiance, complètement ouvert à autrui,  n’hésitait jamais à rendre service, à obéir…humblement.
Et puis un jour, le bonheur s’interrompit brutalement par le deuil dans l’incompréhension totale, peu de temps après le début de sa retraite. Il resta, seul, avec ses filles. Il chercha probablement à conjurer le malheur en prenant une activité de maire-adjoint dans un petit village. Il y développa une sensibilité et un gout immodéré pour la flagornerie à son encontre. Cependant son désir de vanité ne comblait pas le vide qu’il ressentait. Alors épris de l’ivresse de liberté à laquelle il goutait, il décida de « vendre son âme au diable » (comme on disait autrefois) en dépit des avertissements unanimes de ses filles. Il se jeta délibérément dans les bras d’une escroqueuse perverse. Il adopta un train de vie exubérant tout en s’exposant aux mépris, méchancetés et manipulations perverses manifestes de son bourreau. La tortionnaire tentait par tous les moyens de couper les relations entre la victime et sa famille.
 Il refusait tout conseil avisé de la part de ses filles ou de ses amis. Il avait choisi délibérément l’irresponsabilité totale et la course au désastre ne cessant de déclarer à qui voulait l’entendre qu’il faisait ce qu’il voulait de sa vie, de sa santé et de son argent.
Sa course folle vers le naufrage de sa vie fut arrêtée par la violence d’une procédure judiciaire à laquelle ses filles répugnaient pourtant. La preuve de la maladie du cerveau dont il fuyait l’évidence avait été établie. L’escroqueuse lâcha prise et disparut.
Aujourd’hui, il vit en maison de retraite médicalisée, protégé de toute emprise extérieure. Il a oublié la personne qu’il était et ne vit plus exclusivement que dans l’instant présent. Il se souvient pourtant encore de ses filles. Il s’enferme peu à peu dans une bulle narcissique et son égo ne cesse d’enfler, même si sa gentillesse demeure.
Pourquoi évoquer cette histoire sur ce blog ?
Le petit homme, est-il l’un de ces pauvres en esprit, petit enfant de Dieu innocent ? Comme dans le sermon de la Montagne ? Ou bien a t’il manqué une rencontre décisive qui aurait pu changer à jamais son destin ? Maintes opportunités de conjurer l’inéluctable se sont présentées à plusieurs reprises en acceptant les consolations du Christ.  Mais il était absent à son cœur lorsqu’il était  enfant de chœur dans sa jeunesse, absent à lui-même lorsqu’il étudiait dans l’enseignement catholique, absent de sa présence lorsqu’il n’accompagnait pas ses enfants à la messe le dimanche matin. Il préférait l’aveuglement et les ténèbres lorsqu’il a choisi le désespoir et l’irresponsabilité plutôt que l’espérance et la liberté, après les épreuves du deuil.  
J’ai le sentiment que la rencontre avec le Christ nous offre le don d’une guérison définitive contre notre orgueil grotesque ou contre notre amertume de la vie. Ainsi même si nos turpitudes se trouvent enfouies profondément dans l’inconscient, elles ne ressurgissent plus lorsque les effets de l’éducation se relâchent devant les assauts de la maladie.
N’est-ce point cela la véritable définition du péché ? Le refus arrogant d’être sauvé du désespoir ?
Alors il ne faut point en vouloir au petit homme. C’est avant tout contre lui même que le petit homme a œuvré. Il a refusé de comprendre que la personne humaine, dont la sienne, quelque soit son état physique et mental est sacrée. Aucun prétexte ne peut justifier l’autodestruction, même une souffrance profonde indicible.

Emylia,

Pour accepter ce qui semble absurde, il faudrait relire inlassablement la sagesse de l’Ecclésiaste :

Il y a un temps pour tout et un moment pour toute chose sous le soleil.

Il y a un temps pour naître et un temps pour mourir, un temps pour planter, et un temps pour arracher le plant,
 un temps pour tuer et un temps pour soigner les blessures, un temps pour démolir et un temps pour construire.
 Il y a aussi un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour se lamenter et un temps pour danser,
 un temps pour jeter des pierres et un temps pour en ramasser, un temps pour embrasser et un temps pour s'en abstenir.
 Il y a un temps pour chercher et un temps pour perdre, un temps pour conserver et un temps pour jeter,
 un temps pour déchirer et un temps pour recoudre, un temps pour garder le silence et un temps pour parler,

 un temps pour aimer et un temps pour haïr, un temps pour la guerre et un temps pour la paix.