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samedi 26 octobre 2013

Confessions



On m’a demandé d’évoquer mon parcours spirituel. Je veux bien me plier à cette demande de dévoiler un peu le mien, bien que je l’aie déjà évoqué à plusieurs reprises sur le blog de Thierry. Quand j’y repense, c’est toujours avec une certaine émotion teintée d’une forme d’auto-compassion pour la personne que j’étais avant tout cela. Aujourd’hui, j’ai bien compris que la mission qui est demandée à tout chrétien est bien le témoignage, selon les capacités de chacun. Ce qui me gêne dans cette confession, c’est la brièveté de l’exercice exigée par le format d’un post sur un blog et car je crains d’être trop schématique.


Mon histoire n’a pas commencé par une nécessité impérieuse de suivre une catéchèse comme pour Thierry, ni celle de faire un pèlerinage sur la route de St Jacques de Compostelle comme pour Jean-Marc Potdevin (livre exceptionnel : « Les mots ne peuvent dire ce que j’ai vu » et qui m’a beaucoup appris sur un type de foi mystique dont j’admet tout à fait la possibilité). Cependant, comme eux, j’ai été prise d’une intuition fulgurante, qu’il y avait une urgence absolue à changer de style de vie. Cela m’a pris à peu près vers la même époque des années 2008-2010, vers à peu près le même âge.

Quand tout a commencé, j’étais déjà véritablement au pied du mur. J’étais en train de lutter pour survivre dans un grand hôpital de la région parisienne (en 2008). Alors que je ne savais pas ce qu’était la spiritualité, que je ne comprenais pas bien ce que signifiait la foi, c’est-à-dire d’être croyant. Un jour j’ai fait à l’hôpital une expérience inouïe « d’humanité » (une sorte de sentiment de compassion universelle), de type mystique. Sur le moment, je n’ai rien compris. Moi qui ne lisais que des livres « utiles » et qui n’écrivais péniblement que des articles ou des rapports « utiles », je me suis mise à lire en série d’autres types de livres et à écrire facilement des textes « inutiles », c’est à dire mes pensées du jour ou mes méditations dans mon journal perso. J’ai commencé à lire Matthieu Ricard (moine bouddhiste français), Etty Hillesum, Christophe André(psy), Luc Ferry(philo), André Comte-Sponville(philo), Pascal, St Augustin, Guy Coq (Philo&Spiritualité chrétienne), Bertrand Vergely (Philo), Maurice Bellet(Philo-Psy-Theo), Christian Bobin (Poète) et bien d’autres,…

Cette succession vertigineuse de lectures diverses semblait entrer dans une cohérence implacable qui me dépassait. J’avais l’impression que ce n’était pas vraiment moi qui établissait le programme de mes lectures. Cependant chaque nouvelle lecture venait exactement en complément ou en réponse à la précédente, comme s’il y avait une pédagogie sous-jacente sur laquelle je n’avais pas de contrôle.

Entre temps, j’étais entrée en rémission, et j’avais relu les évangiles pour essayer d’en comprendre le sens profond. Évidemment j’étais obnubilée par la signification de la guérison par le Christ : « Va, ta foi t’a sauvé ! ». J’éprouvais une grande gratitude à l’égard de toutes les personnes qui m’avaient soutenue et accompagnée sans faillir pendant cette rude épreuve, à commencer par mon mari et mes enfants, mais aussi à l’égard de l’ensemble du personnel médical. Je commençais à entrevoir que le mot « Amour » était porteur d’une puissance considérable qui permet de résister à la mort.

À un certain moment, j’ai du admettre que mon attitude indifférente vis-à-vis de la religion avait changé. Je ressentais la joie intérieure sans pouvoir l’attribuer à une cause particulière, sauf d’être simplement heureuse d’être en vie.  Et il n’y a pas que la joie. Il n’était plus possible de jouer un rôle d’un autre personnage que soi-même. La sincérité s’imposait désormais d’elle même. Il devint plus que jamais insupportable de tolérer que son prochain soit victime  d’injustice et de haine.

Je continuais mon petit bonhomme de chemin de vie, avec les nombreux changements que j’y avais introduits. Puis, un jour de vulnérabilité extrême face à un risque de récidive, j’ai pris l’engagement de retourner à la messe dominicale. J’ai même demandé le sacrement des malades.
Après tout cela, il m’était évident que ma foi était indéniable : attitudes, lectures, écrits,… Le don de la foi m’avait été manifestement donné bien avant que je l’admette et le reconnaisse. Cependant, j’avais accepté de me mettre en chemin d’une quête inconnue, sans poser au préalable la question de la finalité. J’ai fait confiance voilà tout, le reste suivrait.

Ce n’est qu’après toutes ces étapes, que je me suis mise à creuser le sens de la prière. Le blog de Thierry m’a entrainée dans le travail spirituel de la foi et à son approfondissement.
Aujourd’hui, je continue à lire aussi avidement des livres sur la foi (Pierre Varrillon, Maurice Zundel, et bien d’autres,…). J’écris aussi pour mieux comprendre ce que peut me révéler à moi même, ma propre foi, ma relation au christ et à mon prochain.  L’écriture, je ne peux plus m’en passer. Elle est comme un miroir intérieur de l’âme qui révèle à la conscience, sa nature la plus profonde. Non seulement elle est source de révélation, mais elle constitue le cœur de la thérapie pour la guérison spirituelle de l’esprit mais aussi de la chair.

Je participe aussi à la vie de ma paroisse en étant simple membre actif de la modeste chorale locale. Et dans la pratique du quotidien, je m’applique à être vraiment attentive à tous les petits détails insignifiants qui manifestent discrètement la présence du divin dans notre vie. C’est souvent dans ces petits faits d’une vie très ordinaire, sans relief particulier pour le monde, que se cachent les trésors spirituels que je m’empresse de rapporter sur ce blog.

Si je devais résumer ce chemin sous la forme d’une allégorie : Initialement, je me suis mise à gravir péniblement les versants d’une montagne, sans jamais en apercevoir le sommet caché dans les nuages. À un certain moment, je me suis retrouvée sur une sorte de crête cachée dans le brouillard. En poursuivant ma route, j’ai dévalé  l’autre versant, je me suis retrouvée entrainée sans pouvoir freiner, sans pouvoir me retenir, vers ce nuage d’inconnaissance inatteignable dont je ne sais rien mais auquel je fais désormais confiance.




Prochain Post : Samedi 2 Novembre