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samedi 19 juillet 2014

La vérité révélée et les dogmes

Qu’elle différence y a t’il entre une vérité révélée et un dogme ? Aujourd’hui la différence me paraît évidente. Il n’en a pas toujours été ainsi !
Pour moi la première est une expérience humaine, l’autre est un savoir. Ces deux termes désignent donc des concepts différents mains non antagonistes car il me semble que le second doit soutenir la première.
C’est Dieu qui prend l’initiative de la vérité révélée. La vérité révélée fait allusion à la bonne nouvelle, donc aux évangiles. Sauf qu’il ne suffit peut-être pas de lire les évangiles pour comprendre leur signification profonde. Il faut que se réalise dans l’âme ou le cœur, une espèce d’alchimie spirituelle pour que l’on s’approprie et que l’on adhère à l’esprit des évangiles. La vérité révélée consiste à percevoir que Jésus est vraiment le messager divin qui s’adresse personnellement à chaque être humain dans sa vie. La révélation de la vérité conduit à la conversion. Si une personne refuse de s’ouvrir à cette vérité, alors elle ne pourra pas appréhender le sens des évangiles et je pense que cette personne n’est pas vraiment convertie.
Le dogme est différent de la vérité révélée, car il est produit par un esprit humain appartenant à l’église. Mais cette église est le corps du Christ et non la tête. Le dogme peut être faillible selon moi. Mais il faut reconnaître que tous les dogmes ne sont pas faux ou trompeurs. Il faut considérer le contexte historique dans lequel ont été formulés les premiers dogmes de l’église. Cette époque se situe au début du premier millénaire, après que le christianisme soit devenu la religion officielle de l’empire romain.
Les chrétiens d’alors, comme les évêques, le prêtres des pays chrétiens se sont interrogés sur des questions fondamentales que plus personne ne se pose aujourd’hui (faute d’intérêt ou de sujet considéré comme classé ?). Quelle est la nature du Christ. Cette question a soulevé des débats passionnés et passionnants au cours des Conciles fondateurs (par exemple Nicée en 325) de l’église, et a aboutit à la définition du Credo. Ces passions ont provoqué de nombreux schismes et excommunications.
Un exemple de phrasé de Credo : « Nous croyons en un seul Dieu, Père tout-puissant, Créateur de toutes choses visibles et invisibles. Et en un seul Seigneur Jésus-Christ, Fils unique de Dieu, engendré du Père, c'est-à-dire, de la substance du Père. Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu ; engendré et non fait, consubstantiel au Père ».
Qui comprend aujourd’hui le sens du lot consubstantiel sur lequel les chrétiens des premiers siècles se sont affrontés (probablement jusqu’au sang) ?
Cette confrontation a aboutit à l’invention du concept totalement novateur d’un Dieu unique qui prend la forme de trois personnes appelées hypostases (le Père, le fils, le Saint-Esprit), que l’on désigne de nos jours communément sous le terme de la Sainte-Trinité.
Il faut reconnaître que le dogme de la Trinité est vraiment un dogme fondateur du christianisme et qui lui donne sa spécificité à cette religion en comparaison des autres monothéismes.
Ce dogme là n’est pas un pur dogme théologique qui ne concerne que vaguement les chrétiens de base. Je rapporte (avec mes propres mots), l’explication lumineuse du sens de la trinité dans le livre de Maurice Zundel (« Quel homme et quel Dieu »). Le Dieu chrétien ne se situe pas dans la toute puissance dominante qui impose aux hommes sa loi, en exigeant une obéissance parfaite (à l’image d’un tyran ou d’un despote). Ce Dieu est avant tout une relation aimante, dont l’amour est manifesté par le don de soi. Le Père donne son amour et sa confiance au fils, et le fils donne sa vie par amour pour le Père.  Le Saint-Esprit intervient lui aussi comme médiateur entre Dieu et les hommes et cette relation multiple continue de s’actualiser en permanence avec les hommes de Foi. Ce don permanent de soi relationnel permanent à autrui est incompatible avec une relation de domination et de toute puissance.
L'obéissance à la volonté de Dieu est avant tout un libre choix auquel il appartient à chacun d’adhérer selon sa conscience, son désir d’amour.
Ce dogme là est vraiment essentiel à l’église chrétienne. Son savoir est de nature à éclairer l’expérience religieuse et personnelle de la vérité révélée.
Cependant, il existe d’autres dogmes beaucoup moins essentiels et qui sont pourtant exhibés comme infaillibles par l’église institutionnelle, et dont la motivation demeure douteuse en regard de l’esprit des évangiles et de la vie de Jésus Christ. Je prendrai pour exemple le statut de la femme dans la religion catholique. Comme dans beaucoup d’autres religions, les femmes sont particulièrement marginalisées alors qu’elles représentent tout de même la moitié de l’humanité. Je donne une illustration parmi celles qui m’ont le plus choquées (Livre Le Déni de Maud Amandier et Alice Chabblis). La femme se définit par son essence comme la servante de l’homme (qui lui même peut se mettre par vocation (donc par choix) au service de Dieu). Voilà une contradiction flagrante de l’esprit du christianisme, selon lequel, se mettre au service de quelqu’un consiste en un choix libre et éclairé, et non imposé par une contrainte naturelle biologique comme le sexe. Obéir par choix personnel, par l’expérience de la vérité révélée au cours de son existence diffère totalement de l’obligation d’obéir en raison de son essence. Ce choix libre de l’obéissance fait la grandeur de l’être humain en l’extirpant de sa misère spirituelle. Les animaux eux sont contraints d’obéir à leurs instincts par leur essence naturelle. Certains dogmes de religion catholique oseraient-ils comparer les femmes aux animaux ? Je n’ose l’imaginer. Il me semble donc que le dogme sur le statut de la femme est appelé à s’actualiser légitimement avec l’évolution sociale des pays démocratiques, sans se maintenir figée dans une tradition machiste historiquement contextuelle, devenue obsolète. Je suis persuadée que l’Esprit-Saint n’est pas l’inspirateur de ce dogme sur la condition de femme dans l'église, mais que ce sont bien des hommes qui ont consolidé ce concept au fil de l’histoire de l’église, dans leur propre intérêt. 
Cette erreur fondamentale rend difficile les rapports des femmes avec l’église, les obligeant à ne pas rejeter d’emblée la religion qui a tendance à les marginaliser, tout en essayant d’accéder à Dieu et à la Foi, à la pratique cultuelle, tout en étant éventuellement obligées de supporter bien des humiliations. Les femmes, par leur expérience de l’église, sont les mieux placées pour comprendre la quintessence du message Christique sur la pauvreté et l’humilité.

Je ne cherche pas à développer de polémique sur un dogme particulier. Mais je veux surtout souligner que la vérité révélée n’est pas un dogme, mais une expérience personnelle de foi. Pour consolider et éclairer la foi, la tradition de l’église a établi une série de dogmes théologiques de qualité et de nature très diverses que l’on apparente à un savoir. Ce savoir bien qu’utile n’est pas suffisant pour accéder à la Foi. Certains de ces dogmes sont très importants comme le concept de la Trinité. D’autres dogmes sont plus contestables parce qu’ils divisent une humanité au lieu  d'en rechercher l’identité et sa nature, de se mettre en quête d’unité et d’universalité, avec des rapports apaisés et d’amour bienveillants. L'essentiel demeure que la religion chrétienne reste vivante et évolutive dans la perspective d'une quête spirituelle toujours en progrès comme l'est le chemin de vie de foi des croyants.

Emylia


samedi 12 avril 2014

Deviens-ce que tu es !

« Deviens-ce que tu es ! » est une étrange citation souvent utilisée par de nombreux auteurs dont  Épicure, Socrate, Kant, Pascal et Nietzche. Elle m’a toujours interpelée car elle prétend laisser à entendre que l’on n’est pas soi et que l’on doit découvrir qui l’on est.
Paradoxalement, il peut sembler que tout le travail de l’éducation consiste précisément à se transformer pour devenir une autre personne meilleure que celle que nous sommes initialement. Tout nous appelle à changer notre nature sauvage et ignorante en une nature qui a appris à se connaître, à s’améliorer et parfois à atteindre une certaine perfection.
Cette maxime « Deviens-ce que tu es »  a été inventée par le poète lyrique grec Pindare qui vivait il y a 2.500 ans. Dans la phrase complète elle s’exprime ainsi :
« Deviens-ce que tu es, quand tu l’auras appris. »
Donc effectivement, nous ne serions pas vraiment la personne que l’on croit être et que l’on doit fournir un travail personnel, que nous devons apprendre pour nous découvrir, pour retrouver notre identité intérieure.
Comment pourrions nous ne pas être ce que nous sommes ?
Plongés dans notre milieu familial, social ou professionnel, nous avons fini par adopter les comportements sociaux moyens par mimétisme, comme un caméléon pour ne pas trop attirer l’attention, pour se conformer à la norme, pour se préserver des contre-réactions agressives, pour ne pas s’exposer à des exclusions. Voulant sincèrement adhérer à cette communauté humaine, nous avons oublié peu à peu ce que nous désirions être. Mais comment apprendre à redevenir qui nous sommes ? Selon l’éclairage chrétien, c’est notre maitre Jésus Christ qui nous révèle notre nature profonde lors d’une rencontre spirituelle décisive. Donc cet apprentissage de soi ne doit pas être pris dans le sens éducatif, mais dans le sens chrétien de la révélation.
Cette citation me fait penser à l’épisode de Zachée dans l’Évangile de Saint Luc qu’interprète Lytta Basset dans sa conférence sur « Oser la bienveillance » : Zachée est juché sur son arbre, bien décidé et ouvert à toute nouveauté qui se dresserait sur son chemin de vie. Il pressent en lui-même intuitivement que cette nouveauté ne peut émaner que de Jésus. 
Jésus révèle au pécheur Zachée que son être intérieur est fondamentalement bon. Ce fut la délivrance que Zachée attendait depuis toujours. Il était enfin prêt à écouter la révélation de son désir le plus profond. À Zachée ensuite de prendre acte de cette révélation pour retrouver son Être librement en renonçant avec volonté et courage aux fatalités qui l’éloignent de sa vérité.

Emylia