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samedi 15 mars 2014

La question de Dieu dans la famille

« Frères !  Père, ce sont eux qui m’ont conduit jusqu’à toi ! 
 Comment es tu venu jusqu’à moi, sous quelle forme, derrière quel masque ? 
 Comment t‘ai-je perdu ? Je me suis égaré. Je t’ai oublié. 
 Tu as parlé avec moi depuis le ciel, les arbres,
Avant que j’aie conscience de t’aimer, de croire en toi !
Quand as tu touché mon cœur pour la première fois ? 
 Veille sur nous, guide nous,
Jusqu’à la fin des temps. » 


Je ne connais rien de plus difficile que de dire franchement sa Foi à ses proches. Cette démarche  ne se compare en rien avec le partage libre de ses pensées sur ce blog entre chrétiens anonymes plus ou moins avancés dans l’expérience de leur Foi. Avec nos proches, nous ne sommes plus anonymes, nous n’avons plus de masque pour nous protéger de remarques qui peuvent être sarcastiques et un peu blessantes sans être vraiment méchantes.
Je dois avouer que je suis plutôt prudente et pusillanime dans l’affirmation orale de ma Foi en famille (et en milieu professionnel, ce serait franchement inconvenant). Je suis plus proche du timoré Saint Pierre que du téméraire Saint-Paul. Cela ne m’empêche pas d’avoir une attitude cohérente avec ma Foi, en pratiquant seule ouvertement la messe tous les dimanches et en participant à la chorale de la messe.
Le problème n’est pas tant de parler de Dieu. Nous parlons tous beaucoup de Dieu. En effet notre fils aîné s’intéresse à la philosophie. Nous écoutons souvent des conférences sur le thème de la religion comme celles du philosophe athée André Compte-Sponville très intéressantes sur le Christianisme. En particulier, il y a quelques années, j’ai réappris avec le plus grand intérêt, ce qu’était vraiment le Christianisme dans son livre « L’esprit de l’athéisme (pour une spiritualité sans Dieu) ». Je dirais que la présentation du christianisme dans ce livre m’a véritablement séduite et m’en a indubitablement rapprochée. Et l’esprit brillant de ce philosophe suscite toujours des discussions familiales  passionnées.
Cependant nous n’avons pas tous le même stade de perception de « qui est Dieu ». Comme le dit Pascal, il y a d’une part le Dieu des philosophes (le grand horloger qui met l’univers en marche) et d’autre part le Dieu d’Abraham, Isaac et de Jacob (le Dieu qui s’intéresse à ma personne et qui m’aime).
Ma vie m’a conduite à percevoir la présence du Christ peu à peu. Et ma philosophie humaniste s’est transformée petit à petit en Foi chrétienne. J’ai fait l’expérience de Dieu en moi, de façon assez similaire à Saint-Augustin qui après de longues années d’atermoiements, a découvert bouleversé que finalement Dieu était à l’intérieur de lui et non dans des cieux lointains comme il le croyait naïvement. Finalement la différence de perception porte sur le Dieu que l’on éprouve en soi, celui qui aime, qui s’oppose au Dieu des philosophes dont on parle comme d’un objet extérieur à soi. Je comprends et je respecte ce décalage de perception. Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. Lors des premiers frémissements de ma Foi, je n’aurais pas aimé que l’on me balise trop mon chemin de Foi. Ma Foi était mue par une exigence de liberté intérieure. J’ai préféré  trouver moi-même ce chemin de Foi à tâtons en sans interférence humaine extérieure. J’ai trainé en chemin, mais j’ai fait de nombreuses découvertes. N’oublions jamais que la Foi est avant tout une conviction (croyance) et non un savoir (pour Nainai). La Foi a besoin de s’appuyer sur des fondations solides et ne saurait être une accumulation de connaissances de nature culturelles (la culture religieuse ne vaut que si elle étaye la Foi et il faut se méfier de trop d’encombrements qui cachent Dieu).
Mon tendre époux est plutôt dans le discours sur Dieu. Et ce discours sur Dieu-objet des philosophes plutôt que sur le Dieu de l’expérience intérieure m’ennuie maintenant profondément. Mon fils ainé est dans un stade intermédiaire de Foi, enrichie de nombreuses lectures que nous partageons. Sa fréquentation de cours de pastorale en lycée catholique nous permet de discuter ensemble à cœur ouvert. Je perçois qu’il est en chemin de Foi.  
Dieu est entré dans notre famille, par notre second fils, actuellement collégien, un véritable don du ciel en amour, en joie, en gentillesse, en générosité et avec une brillante intelligence (comme dans le film "tree of life").
Et moi, j'ai été comblée de tout ce que le Seigneur m'a donné et je ne saurais jamais lui rendre suffisamment grâce.
Avec mes sœurs qui n’ont pas encore trouvé l’amour de leur vie (excepté celui de leurs enfants), je sais que je ne peux pas aborder ce sujet pour le moment.

Je ne veux bousculer personne dans l’expérience de sa Foi. Cette expérience personnelle, éminemment respectable ne doit pas être infléchie extérieurement. Cependant je me tiens toujours prête à offrir le témoignage oral de mon expérience si je perçois l’expression d’un tel désir.

Emylia