Je viens de
terminer le livre « Le Royaume » d’Emmanuel Carrère. Je l’ai beaucoup
apprécié car je pense avoir trouvé un récit plausible des débuts du Christianisme.
Dans quelles circonstances historiques et sociales ont été écrites les Lettres
et les Évangiles et qui en sont les auteurs ? Ces derniers se
connaissaient-ils ? Se sont-ils mutuellement influencés ? Ont-ils
connus Jésus Christ ? De qui tiennent-ils les témoignages qu’ils rapportent.
Ont-ils pu modifier les paroles de Jésus ? J’ai bien conscience
qu’Emmanuel Carrère n’écrit pas seulement en pur historien mais aussi en tant
qu’écrivain qui présente un scénario réaliste et cohérent mais pas forcément
exact sur tous ses aspects. J’ai donc pris un grand plaisir à lire ce livre
sans tout prendre pour argent comptant ou parole d’Évangile. Surtout quand la
vie personnelle de l’auteur interfère avec cette histoire, notamment lorsque
ses propres fantasmes réagissent à la virginité de Marie (seul passage érotique
qui me paraît superflu, mais l’auteur avait besoin de réagir, je le respecte.
Heureusement qu’il n’en inflige pas trop à ses lectrices). C’est cela la
littérature de roman. L’écrivain n’est pas un philosophe ni un historien et
encore moins un théologien. Il est un simple homme comme la plupart d’entre nous.
Il vit sa propre vie avec l’histoire qu’il raconte. Nous aussi lecteurs, nous
vivons notre propre vie en parallèle aux lectures des écritures qui nous
nourrissent. L’écrivain qui a connu une période de foi mystique intense pendant
trois ans il y a vingt ans, pense avoir
perdu la foi. Mais il ne s’explique pas pourquoi cette histoire de St Paul, de
Luc et des autres apôtres le fascine tellement. Peut-être et probablement
traverse-il une longue nuit de foi. On le voit se débattre sincèrement avec ses
doutes. Mais même si la foi semble se dissoudre dans le réalisme et la
rationalité, les évangiles conservent un attrait mystérieux qui incite
écrivains et lecteurs à persévérer dans une quête qu’ils ne s’expliquent pas.
On pourrait considérer que ces histoires contiennent tellement d’incohérences
qu’on ferait mieux de passer notre chemin pour aller lire d’autres histoires
plus véridiques et moins parcellaires et rédigées plus élégamment.
Eh bien peut être
pas. On peut être un peu comme Luc à recueillir ici et là des écrits et des
paroles pour se convaincre qu’un phénomène extraordinaire s’est passé au tout début
de notre ère. Il ne s’agissait pas seulement d’une spectaculaire résurrection
mais aussi d’un homme qui parlait comme nul autre n’avait jamais parlé avant
lui. Et l’une de ses paroles encore aujourd’hui a le pouvoir de nous atteindre
les uns les autres au cœur. Peu à peu, nous devenons les témoins du Christ dans
notre propre vie, en modifiant imperceptiblement notre façon d’agir et de
penser.
Peu à peu, il y a
une espérance et un calme qui s’installe. Ce n’est pas tant la croyance d’un
bonheur infini qui nous attend pour l’au-delà, mais plutôt une assurance et une
joie peuvent nous habiter dès à présent, dans le vécu de nos relations avec nos
proches et autrui. Tous les indices semblent concorder. Ça doit être cela le
royaume : le Christ dans les cœurs vivants.
Emylia
J'hésite pourtant à aller écouter l'auteur à la Procure en novembre. Je ne suis pas certaine d'en apprendre beaucoup plus.